9) THE CONCERT !

 

Il est approximativement 20 h 45 lorsque j'entame guitare à la main ma descente finale en empruntant la rue du Pipet. Le soleil darde encore la ville de ses rayons, et en cette période de canicule, il fait une chaleur étouffante. Arrivé place Jouvenet, force est de constater que je dois marquer un stop forcé. Il y reste encore bon nombre de spectateurs qui n'ont pas passé les barrières de filtrations, ni pénétré dans le théâtre à ciel ouvert, et encore moins rejoint leur place assise... Je prends donc mon mal en patience et m'assoit tranquillement sur un petit muret. Les badauds que je croise ont une réaction sympathique oscillant entre le '' Il se prend pour Francis Cabrel celui-là ?'' ou bien '' Tiens tiens, qu'est-ce qu'il nous mijote ? '' Intrigués, certains se rapprochent alors que j'accorde mon instrument et commence à me délier les doigts en arpèges en jouant Yo vengo ofrecer mi corazon. C'est une douce complainte que notre artiste a enregistré en duo avec Mercedes Sosa, en hommage aux souffrances endurées par le peuple argentin durant les années où il vivait sous la dictature de la junte militaire. J'enchaîne ensuite avec quelques grands tubes de Cabrel de manière à terminer mon échauffement. Dans la file d'attente, certains tendent l'oreille et me font des signes, et une petite dame assez âgée m'octroie un pouce levée en guise d'encouragement : merci à elle si elle se reconnaît dans ses lignes ! Contrairement à l'artiste, j'ai un style de jeu particulier : j'utilise les 3 premiers doigts de la main droite comme un médiator. Et pour le reste, je pratique souvent des rakings (brossés des cordes vers le bas façon Mark Knopfler ou moins courant, vers le haut) entrecoupés d'arpèges bien choisis afin de coller aux mieux à la mélodie. Cela sonne à 90% comme du Cabrel mais avec une technique personnelle différente. Peu importe, et comme le conseille Jean-Jacques Goldman aux apprentis guitaristes : '' Faites comme vous le sentez du moment que ça sonne bien ! ''. Ensuite, je fais tourner à nouveau mes mécaniques de façon millimétrée afin de redonner la bonne tension à mes cordes pour une harmonie impeccable. Une dizaine de minutes plus tard, j'entends soudain les clameurs de la foule suivi de quelques accords de guitare et d'un chaleureux '' D'abord bonjour tout le monde ! '' que je distingue à peine. Ca y est, Francis Cabrel est sur scène et je me concentre pour entendre les premières paroles qu'il prononce : '' Je suis entré dans l'église et je n'y ai vu personne...''. Vite, le capodastre à la deuxième case pour tenter de prendre en cours de route et le plus vite possible le mélodieux Je pense encore à toi. Merdouille, ça ne colle pas, le jeune homme ayant décidé de la jouer sans capo ce soir ! J'en fais donc rapidement autant, et recolle au tempo. Je merdouille sur un ou deux temps mais j'aurai l'explication quelques jours plus tard sur une vidéo Youtube, l'artiste doublant un début de phrase lors du second refrain après une erreur dans la prononciation d'une locution verbale. On lui pardonne : il fait 37°C ! Bon, je ne suis pas très satisfait par le niveau du volume qui me revient dans les oreilles alors je décide de me rapprocher au maximum de la scène. Je file donc m'asseoir sur les marches d'une maison qui jouxte le mur d'enceinte de l'arène au fond de l'impasse Louis Meunier. C'est mieux mais pas encore le top mais cela me permet de jouer dans de meilleurs conditions La fille qui m'accompagne et Le peuple des fontaines. Et surtout Sarbacane, car son groupe au complet l'a rejoint et l'intensité sonore est donc plus intense ! De plus, quelques fans malheureusement sans billets m'ont rejoint et chantent à tue-tête ce titre dédié à sa fille Aurélie : l'ambiance devient vraiment cool ! Vite, je me relève et file zieuter la place Jouvenet : yes, les premières barrières de sécurité ont été retirées. Ce qui me permet de venir m'installer tout au début de la rue du Cirque dans laquelle se trouve l'entrée du théâtre puis un poil plus loin encore l'arrière de la scène : on se rapproche ! Je suis maintenant à quelques mètres de policiers lorsque j'accompagne le maestro pour un délicieux Je l'aime à mourir, un endiablé Cent ans de plus traitant de l'esclavage du peuple africain et de la naissance du Blues puis le très mélancolique L' encre de tes yeux. Les fonctionnaires ont l'air d'être eux aussi des fans du gascon, et d'apprécier mes interprétations. Faut dire que j'en rajoute un peu au niveau des riffs et notes transitoires histoire d'attirer leur attention car j'ai une petite stratégie en tête... Je me décide à aller parler à l'unique femme faisant partie de la patrouille : ''S'il vous plaît mademoiselle, ça vous dérangerait si j'allais m'asseoir un peu plus près de l'entrée du théâtre ?''. Surprise par ma demande, et les joues devenues subitement rouges de confusion, elle bredouille quelques mots d'excuse à sa réponse négative : '' Eh bien normalement ce n'est pas possible, et puis ce n'est pas moi qui décide, etc etc''. C'est raté mais je la remercie quand même, et m'empresse de poursuivre avec Leila et Je t'aimais, je t'aime et je t'aimerai, un titre que Cabrel a écrit à l'occasion de la naissance de sa seconde fille Manon. A la fin de cette dernière, le chef des policiers vient s'enquérir de ma demande auprès de sa collègue. Il me regarde ensuite d'un air un peu renfrogné mais s'approche finalement pour bien tendre l'oreille. Et écouter mes arpèges descendants sur Rockstar du Moyen Âge, et surtout mon interprétation d'Octobre, au cours de laquelle je force le trait et fais bien ressortir la mélodie en solo lors des ponts. Je ne sais pas si j'ai rêvé mais je crois bien avoir aperçu ses lèvres à peine s'entrouvrir lors des refrains, et son pied droit battre discrètement mais sûrement la mesure... Bingo ! Le voilà qui s'approche et s'adresse à moi, magnanime, me lançant tel un seigneur : '' Bon allez Monsieur, venez avec moi, je vais vous rapprochez un peu ! '' Dix secondes plus tard, je suis assis sur un muret devant l'entrée du théâtre et donc quarante mètres derrière la scène : pas la peine de vous décrire la qualité du son maintenant ! Et c'est donc reparti dans des conditions géniales pour Des hommes pareils, à faire écouter dans toutes les écoles de France et de Navarre, Les chevaliers cathares et l'hommage rendu à ceux qui se sont sacrifiés pour cette religion, et le très rythmé et très apprécié Les murs de poussière. J'entends nettement les musiciens maintenant : le tempo impeccable distillé par Denis Benarrosh à la batterie, les notes subtiles de Freddy Koella à la guitare, la basse bien présente d'Alain Fiszman, l'accordéon magique ou le piano d'Alexandre Léauthaud, les choeurs ciblés des Jolies filles qui chantent... et bien sûr la voix chantante et si particulière de Mister Cabrel, lequel égrène les paroles chanson après chanson. Il y a d'autres personnes que j'entends chanter aussi : la foule bien sûr, qui reprend ses titres les plus connus, mais aussi les habitants des maisons de la rue du cirque, qui sont descendus sur le trottoir d'en face et se sont confortablement installés sur des chaises. Ils me paraissent tout à coup bien nombreux : cela ne m'étonnerait pas qu'ils aient invité des potes et de la famille aujourd'hui ! Bon allez, on reste concentré, car voici maintenant le tour de Petite Marie, un chanson d'amour dédié à sa femme, et pour laquelle le refrain fut un moment de communion formidable. Viendront ensuite les très rythmés Ma place dans le trafic et Encore et encore puis le bien nommé Les beaux moments sont trop courts ! Pour le morceau suivant, je marque une pause : je ne connais pas les accords de Te ressembler. Il faut dire que je n'aime pas beaucoup la ligne mélodique de celui-ci alors je laisse tranquillement Francis Cabrel rendre hommage à son père. Pendant ce temps, et puisque le concert va bientôt arriver à son terme, les policiers retirent les barrière situées entre la place Jouvenet et la rue du Cirque. Quelques fans en profitent pour nous rejoindre et venir chanter à gorge déployée ! De mon côté, je me décale encore de quelques mètres sur mon muret afin de me retrouver au plus près d'el maestro, lequel attaque La robe et l'échelle. Damned, où dois-je mettre ce fichu capodastre ? Dans la version studio, je me souviens que c'est à la 4ème case mais aujourd'hui ? J'essaie la 6ème et m'aperçois que c'est finalement à la 7ème qu'il faut le positionner ! Pas facile alors de caser sur de petits espaces entre les frettes les nombreux accords de ce morceau teinté d'érotisme. Je songe un instant à enlever le capo et transposer les positions en direct live mais je risque plus de merdouiller qu'autre chose ! D'autant que la chanson est déjà bien avancée : je préfère donc momentanément me tordre davantage les doigts ! Après les applaudissements de la foule, le sieur Cabrel et son équipe prennent le chemin des coulisses, entraînant bien sur une levée de protestations, suivies bientôt de nombreux cris l'enjoignant à revenir. Certains spectateurs craignant les encombrements routiers d'après concert quittent alors le théâtre et préfèrent donc écouter le rappel dans la rue du cirque avant de filer fissa en direction de leur véhicule. Cela commence à faire un peu de monde mais tant mieux, le bouquet final n'en sera que plus délicieux ! En avant donc pour La Dame de Haute-Savoie que tout le monde reprend à tue-tête et sur lequel je ne me prive pas d'appuyer ma rythmique : mes cordes doivent encore s'en souvenir ! Idem pour Un samedi soir sur la terre, qui traite du thème de la séduction, et où je me montre un peu plus modéré dans mon jeu. Il faut dire que j'attends avec impatience la suivante : Rosie ! Une bien belle chanson d'amour et qui est à mon avis le moment le plus intense émotionnellement des concerts de Francis Cabrel. La raison ? Et d'une, c'est souvent la dernière chanson du spectacle... Et de deux, c'est une douce mélodie à base d'arpèges d'où un niveau sonore des instruments peu élevé, avec en plus de nombreux spectateurs qui connaissent très bien les paroles et chantent de bon coeur la larme à l'oeil '' Faut pas dire à qui je ressemble, faut dire qui je suis ! ''. J'en fais donc de même dans un état quasi-second, tout en faisant glisser mes ongles de la main droite pour ce que je pense être mes dernières notes de la soirée. Que nenni ! Après de longs et très marqués applaudissements, Francis et sa bande nous font le plaisir de terminer par Madame n'aime pas, une adaptation française d'un titre de J.J Cale. Le tempo est bien rapide pour cette chanson qui ressemble comme deux gouttes d'eau au générique de Benny Hill ou bien au Yakety axe de Chet Atkins mais la fatigue est là après cette intense journée : je la joue donc un poil relax concernant la section rythmique. Aux (très !) nombreux claps de fin, je ne m'éternise pas pour ne pas me retrouver au sein de la foule sortante, et remonte donc sans traîner la rue du Pipet jusqu'à mon véhicule. Il est temps maintenant de reprendre la route et de remonter en direction du nord de la France et de ma maison située en Normandie... Mais que c'était formidablement bon de pimenter ma vie de musicien amateur de cette façon ! 



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